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http://www.genrespluriels.be/Petition-Ni-hommes-ni-femmes-le

Je ne sais pas quoi dire dans cet Edito. Je ne me présenterai pas parce que personne n'en a l'utilité. Je suis une fille qui aime écrire, donc ici, je posterai mes fictions.

Pour le moment, je met en lignes quelques chapitres de Breath of Fantasy. Comme son nom l'indique certainement, c'est une histoire de Fantasy qui prend pour appui unsupport RPG (quêtes, personnages en équipe, boss, armes...). Je ne suis pas très avancée dans l'intrigue mais ça viendra ^^ Les illustrations que j'y mettrai seront réalisées par moi-même, je dessine aussi mal que j'écris, mais on fait ce qu'on peut avec ce qu'on a...

Je ne sais pas encore ce que je mettrai d'autre dans ce blog. Vous pouvez retrouver des articles signés de ma patte sur ces blogs :


 japmiousique.skyrock.com

 

kira-lionheart.kazeo.com

(dans la rubrique Films Asiatique)

 

Voila =) Si vous avez des questions ou quoi que ce soit d'autre... ^^

 

 


 
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Chapitre 01 - Menchiu

Mercredi 25 Novembre 2009 à 19:59

Publié par Momo-chin dans Heimnys I : L'hiver Eternel (fantasy)

Chapitre 01

Menchiu

 

 

 

 

 

 

La vie s’écoulait doucement dans la ville de Mimir, au Mannheim. Le soleil était presque au zénith, et une douce torpeur régnait sur la Grand Place. Tout était construit de dalles de pierre claire, d’un gris presque blanc. L’allée principale était entourée d’arbres divers, certains fruitiers. On y trouvait d’ailleurs quelques petites créatures gourmandes en train de se délecter de la pulpe sucrée de ces fruits.

  Et  au centre de cette place, trônait une grande fontaine qui prenait la forme de deux sirènes entrecroisées, l’eau s’échappant de leurs lèvres bien dessinées, l’eau s’écoulait claire et pure. La Fontaine de Mimir. On reconnaissait à l’eau des capacités magiques mystérieuses, tantôt bonnes tantôt mauvaises. On ne pouvait jamais prévoir à l’avance ce que ferait l’eau si elle était bue, utilisée ou simplement touchée. Personne n’en avait vraiment peur, mais tous restaient prudents et en restaient éloignés.

  Le village était loin d’être grand. Il y avait une petite vaingtaine de maisons construites autour de la Grand Place, un grand espace de jardins où les fées cultivaient beaucoup de plantes médicinales, ainsi que des jardins privés rattachés aux maisons. Les habitants allaient et venaient librement, portés par la tranquillité du village coupé du monde. Il y avait à peine quelques boutiques pour permettre aux habitants de subsister. La nourriture étaient en grande partie cultivée dans le village, mais certains produits étaient acheminés depuis d’autres villes plus grandes.

  Personne ne remarquait que depuis quelque temps, venant des airs, tombaient de minuscules particules, qui allaient dans l’eau de la fontaine et flottaient doucement. C’était à peine visible et personne ne s’en souciait. Les fées hybrides passaient souvent au-dessus de l’eau et laissaient tomber leur poussière magique au milieu des saletés qui tombaient. Ce jour-là, les fées hybrides jouaient à la balle avec un fruit, et, par inadvertance, l’une d’elle échappa le fruit en plein dans la fontaine Mimir. L’eau se mit à bouger doucement, des étincelles de magie se mirent à parcourir l’onde, et une lumière chaude et dorée s’éleva. Toute la poussière de fée tombée dans l’eau jusqu’ici s’agglutina au fruit et la forme grossit, jusqu’à prendre la forme d’une créature vivante, avec des bras, jambes, et une tête. Toutes les fées hybrides s’attroupaient autour de la fontaine en s’exclamant bruyamment sur le phénomène extraordinaire qui se déroullait devant leurs grands yeux ébahis. S’éleva alors un être anthropomorphe qui se contenta de s’extirper de l’eau, comme s’il venait simplement de se réveiller. L’être regarda simplement le ciel en plissant les yeux. Le soleil lui faisait mal. Les cheveux presque blonds et à longueur d’omoplates, la créature était de taille moyenne et de corpulence normale, ressemblant en tout point avec un humain de sexe féminin. Une humaine sans aucune mutation, comme si elle descendait d’une lignée pure depuis des dizaines de générations.   

  Vêtue simplement de guenilles légères, rapées, pleines des trous et aux couleurs très délavées, elle se démarquait dans cet univers haut en couleurs, avec ces vêtements marginaux et pauvres. Même si elle était mouillée jusqu’aux os et que le vent était légèrement frais, elle ne frissonnait même pas.

  La petite fée-hybride reponsable de la chute du fruit dans la fontaine s’empressa de voler à sa rencontre.

    “C’est la fontaine qui a fait ça ?” demanda-t-elle timidement, soucieuse d’avoir fait une bêtise.

    “Pardon ?” demanda l’humaine.

Sa voix était légèrement rauque, comme si elle était restée muette plusieurs jours, mais sans hésitation. L’être donnait vraiment l’impression d’être une créature qui avait toujours vécu dans le village de Mimir.

    “La fontaine” répéta la créature. “J’y ai lancé quelque chose, et vous êtes arrivée.

    – Je n’en sais rien. J’ai l’impression d’avoir toujours été vivante, mais je n’ai aucun souvenir” dit la fille nouvelle venue.

    “C’est étrange ! Vous avez un nom ?”

La créature anthropomorphe prit le temps de la réflexion. Avait-elle un nom ? Elle ignorait tout du concept du nom, personne ne l’avait jamais nommée. Mais un nom s’imposait malgré tout dans sa tête, et au fond d’elle-même, elle était persuadée que ce nom était le sien.

    “… Abiel.

    – Vraiment ? C’est un nom d’homme !”

L’humaine se raidit, et, l’air vexé, tourna le dos à l’hybride en s’écriant fortement :

    “Ah, ben je n’en sais rien, moi ! Je viens de vous dire que je n’avais pas de souvenirs, je n’y peux rien si seul ce nom me vient à l’esprit ! Mais si vous êtes de mauvaise foi, rien ne vous empêche de retourner jouer dans vos arbres fruitiers et de me laisser tranquille !

    – Calmez-vous, voyons, je ne voulais pas vous offenser, madame Abiel. Vous devriez aller consulter le Mage du village, il saurait certainement vous en dire plus sur vous-même. Il connaît certainement mieux les propriétés de l’eau que nous. Peut-être qu’après tout, vous venez simplement d’ailleurs. Vous voyez la maison en haut de la colline, derrière la ville ? C’est la sienne. Mais je vous conseillerai de vous entraîner ainsi que de vous équiper correctement, avant d’aller le voir ! Une fois hors de la ville, on peut trouver des bêtes sauvages vraiment féroces, et sans une bonne armure, c’est dangereux, pour une jeune fille non accompagnée. Vous trouverez la boutique assez facilement, le village est petit. Je vous souhaite bonne chance, madame !” 

  Sans dire un mot de plus, la petite hybride disparut, ne laissant derrière elle qu’une fine cascade de poussière d’étoile, suivie de toutes ses amies hybrides. Elles laissèrent l’humaine désemparrée et seule.

  Abiel haussa les épaules en jetant un coup d’œil furtif vers la maison dont l’hybride venait de lui parler. Au loin du village s’élevaient des collines principalement boisées et qui avaient, en effet, l’air hostile. Et, au sommet de la plus haute des collines, dans une zone sans aucun arbre, se dressait une cahute en bois. C’était une cabane un peu délabrée qui donnait parfaitement l’illusion d’être inhabitée depuis plusieurs années, à l’exception d’un fin filet de fumée nacrée qui s’évadait de la cheminée, preuve de la présence et de l’activité du fameux Mage.

  Elle décida tout d’abord de parler un peu aux passants pour en savoir plus sur la ville dans laquelle elle se trouvait, et également pour trouver la boutique d’armement qu’on lui avait conseillée.

 

    “On est dans la ville de Mimir ! On dit souvent que c’est le cœur de Mannheim” lui dit aimablement un habitant qui lui parlait depuis la fenêtre de sa maison.

    “Vraiment ?

    – Oui, mais je ne me souviens plus des vieilles légendes qui disaient ça. Mais ce n’était que des légendes, de toute façon. Quand on voit la taille de la ville et l’activité léthargique que l’on mène, c’est difficile de croire que ça puisse être le cœur de quoi que ce soit. Le Mannheim est bien trop vaste pour ça.

    – Et pourquoi « Mannheim » ? D’où vient ce nom exactement ?

    – Ça signifie « Monde du Milieu » ou « Monde des Hommes ». Selon les vieilles légendes oubliées, encore une fois. Mais je suppose que ce sont des âneries, vu qu’il y a plus de bêtes que d’hommes ! Plus aucune créature ne descend directement de l’humain, de nos jours. Ou très peu… D’ailleurs, ici, il n’y a plus aucune race pure, uniquement des hybrides, de toute façon…

    – D’accord, je vois, merci” répondit Abiel.

En continuant à vagabonder dans la ville, elle croisa une femme qui semblait être un croisement d’humain et d’antilope, qui s’exclama bruyamment sur l’état des habits d’Abiel. La jeune fille voulut rassurer la femme en lui précisant qu’elle venait d’arriver, mais cela ne fit qu’empirer les choses. L’antilope se mit même à hurler.

    “Ma pauvre fille ! Vous n’êtes même pas habitante de la ville ? Mais comment voulez-vous quitter les murs de Mimir dans ces lambeaux ! Il vous faut une armure et de quoi vous défendre ! Je viens du Nord, vous savez. On aura beau dire de Mannheim que c’est un monde merveilleux, on y trouve quand même des créatures sauvages en quête de chair fraîche. Tenez, prenez ça.”

  Elle donna une petite bourse d’argent à la jeune fille, en tendant le bras à gauche.

    “Un vieux vampire tient une boutique d’armes par-là, il a quatre cents ans d’expérience avec la ferraille, vous pourrez vous vêtir correctement, chez lui.”

  Abiel la remercia gentiment et s’en alla à la recherche du vampire. Elle soupesa la bourse et fit la moue. Même si le geste était généreux, cela l’ennuyait d’être prise en pitié de cette façon. Elle marcha un peu dans le village et finit par trouver la petite boutique, dans un coin plutôt reculé de la place centrale, dans un coin plutôt sombre. Elle poussa la porte en bois humide en grimaçant à la vue des toiles d’araignée. La porte grinça et elle entra dans le magasin éclairé par quelques petites fenêtres en haut des murs. Ça sentait l’humidité, et le vieux vampire lui fit un large sourire. Il ne lui restait plus énormément de dents hormis ses deux canines prohéminentes.

    “Bonjour, bonjour ! Bienvenue, entrez ! On voit si peu de gens, en ce moment !

    – Ah… Je viens d’arriver, je ne connais pas la fréquentation des boutiques…

    – Haha ! Alors ! Que voulez-vous ?” rit le vendeur.

    “Je cherche une tenue féminine qui me rendrait apte à sortir de la ville.

    – Une tenue pour femme ! Eh, pauvre petite, c’est que les donzelles se font rares depuis ces trois derniers siècles !

    – Ah bon…

    – Mais ne bougez pas, je dois bien avoir de vieilles armures en argent en bonne état !”

Le vieux vampire s’en alla dans l’arrière-boutique, se prenant parfois les pieds dans sa longue cape rouge poussiéreuse et déchirée.

    “On dirait que vous êtes un drôle de vampire…” murmura Abiel.

    – Haha ! Vous savez, ça fait longtemps que les races pures ont disparues, alors à force de croisements, nous n’avons presque plus aucune des caractéristiques de notre race… Les faiblesses comme les forces disparaissent peu à peu, et nous devenons, au fil des générations, des espèces sans forces particulières, avec à peine assez de magie pour faire pousser des plants de pommes d’eau…

    – C’est bien triste…

    – Mais non ! Notre vie est paisible, de cette manière, il n’y a plus aucun problème entre les races, de cette façon. Tenez, essayez cette armure, je pense qu’elle vous ira.”

  Il lui avait trouvé une armure argentée qui semblait courte et déshabillée sur bien des domaines, mais qui semblait extrêmement pratique. Avec cette armure, elle aurait le ventre, les genoux et les coudes nus, les épaules et la poitrine étaient protégées, mais légèrement. C’était une armure construite plutôt pour être jolie que réellement invincible. Abiel s’en alla dans la pièce d’à côté pour s’habiller de tout ce que lui avait donné la vieille créature. Elle ferma la porte avec précautions et commença à enfiler chaque pièce de l’armure en bouclant soigneusement chaque sangle de cuir. Elle fut étonnée de voir à quel point s’armer lui semblait facile alors qu’elle n’avait jamais vu d’armures auparavant. Elle eut l’occasion d’admirer son allure dans un vieux miroir piqué posé à la va-vite contre un mur. C’était, en effet, peu couvrant, mais après quelques rapides essais, elle sut que l’armure était faite pour elle. Elle était légère donc parfaite pour bouger, pratique pour une éventuelle attaque. Elle sourit et décida que cette armure deviendrait la sienne. Et elle avait le sentiment qu’elle la conserverait pendant un bon bout de temps. Elle sortit, et déposa la bourse sur le comptoir pour payer l’équipement.

    “Vous ne voulez pas d’arme ? Pas même une dague ?

    – Euh… C’est que je ne suis pas riche…

    – Tenez, prenez cette épée légère, parfaite pour les débutants. Elle ne coûte pas cher, et cette bourse devrait suffire pour le tout.”

  Abiel soupesa l’arme, la passa de sa main droite à sa main gauche, la fit tournoyer légèrement et se sentit immédiatement à l’aise.

    “Eh bien d’accord, merci beaucoup, monsieur. Je reviendrai peut-être pour choisir de meilleurs équipements quand j’aurai plus d’argent et un peu plus d’entraînement.

    – Je vous conseillerais également d’aller voir les fées hybrides ! Certaines d’entre elles sont expertes en plantes médicinales, vous devriez en prendre quelques unes, la route risque d’être plus dangereuse que prévu, vous savez.

    – Où se trouvent-elle ?

    – Au nord d’ici, vous ne pouvez pas vous tromper ! C’est un jardin public immense dans lequel vous trouverez une serre très colorées, vous trouverez de tout, là-bas !”

  Abiel sourit pour le remercier et s’en alla du magasin. Elle rangea sa nouvelle épée dans son fourreau et se mit à marcher fièrement vers le Nord, là où il n’y avait plus aucune maison et que la végétation devenait reine, en direction des serres parfumées où devait se trouver la culture des plantes médicinales. Le chemin de pierre blanche disparut, et les arbres aux feuillages fantastiques pullulaient. Des fruits aux couleurs chaudes et à la forme allongée poussaient sur les branches des arbres et des buissons, parfois même sous la corolle des fleurs. Et au milieu de tout ça, une grande serre entièrement recouverte par des plantes diverses et variées tranchait avec la verticalité des arbres.

  Un fin rideau de lierre tenait lieu de porte. Abiel écarta les feuilles et pénétra dans le lieu à l’atmosphère humide et aux odeurs enivrantes.

 Un nuage de créatures volantes ne tarda pas à venir autour d’elle, la recouvrant de poussière de fée hybride.

    “Oh, une visiteuse !

    – Ça faisait si longtemps !

    – Que voulez-vous ?

    – Euh… Bonjour… Je suis venue chercher des plantes médicinales” bégaya Abiel. “On m’a dit que vous en aviez…

    – Vous ne pouviez pas trouver mieux qu’ici !

    – En plus, nous faisons cadeau de certaines plantes. Ce ne sont pas les plus puissantes, mais comme elles sont bien répandues et que tout le monde en a besoin, c’est plus facile de les offrir !

    – Oh, parfait ! Donnez-moi de celles-là alors, s’il vous plait !”

Une des créatures volantes fit un aller-retour rapide et tendit une quarantaine de feuilles à Abiel.

    “Une feuille suffit pour une blessure superficielle, mais il vous en faudra au moins trois si c’est une blessure grave.

    – Je ferai attention ! Merci.”

Et sans même prendre le temps de visiter la serre et de regarder les plantes magiques qu’elle contenait, Abiel fit demi-tour et sortit de la serre, décidée à entamer son voyage pour de bon.

 

 

Abiel se tenait à l’orée de la forêt qu’elle devait traverser avant d’arriver au pied de la colline où vivait le Mage. Elle fronça les sourcils d’un air décidé et serra les poings pour se donner du courage. Elle ne connaissait rien du monde, une simple forêt devenait pour elle un grand inconnu à explorer. Et l’inconnu effrayait. Elle engagea la marche d’un pas décidé et ferme en serrant fermement sa petite épée, prête à se défendre à la première attaque qu’elle subirait.

  Elle s’enfonçait dans la forêt en contournant arbres après arbres, regrettant d’abord de ne pas avoir pris de boussole pour vérifier sa route au fur et à mesure qu’elle avançait. Elle se fiait à son bon sens mais espérait quand même qu’elle marcherait droit jusqu’au bout de sa traversée. Il n’y avait âme qui vive. Rien ne bougeait, et seuls les craquement des branches sèches sous ses pas brisaient le silence palpable de cette longue étendue boiseuse. Les arbres n’avaient même pas les fruits allongés et colorés qu’elle avait vus dans la ville de Mimir. Aucune fée hybride ne s’amusait dans les branches et tout semblait différent. Elle se sentait mal à l’aise, cet environnement trop calme lui pesait. Il n’y avait pas le moindre danger.

  En pressant le pas, elle ne mit qu’un quart d’heure à traverser la forêt, qui finalement ne semblait être qu’une simple barrière visuelle pour déterminer la frontière entre la ville et l’extérieur.   

  De là, elle pouvait apercevoir la cabane du Mage, en haut de la colline. Il lui restait à parcourir le plus gros du chemin, mais cette partie-là avait l’air beaucoup plus sûre. Certes, la cabane était lojn, mais entre son but et elle, il n’y avait que de l’herbe rase. Le ciel prenait une teinte d’orange sanguine et la brise était chargée d’une torpeur qui ne trompait personne sur l’heure : c’était l’heure de se poser et de dormir. Abiel regretta de ne pas avoir prit le temps de la réflexion et de ne pas être partie le lendemain à l’aube. Elle déplia une couverture sur le sol en espérant secrètement qu’aucun monstre ne surgirait dans la nuit en lui arrachant sauvagement une jambe ou quelque chose d’autre. Elle s’allongea doucement sur la couverture après avoir vérifié que rien n’approchait et se plut à regarder le ciel changer progressivement de couleur, passer de l’orange au rouge sang, puis au violet, au bleu profond, jusqu’à ce que la nuit tombe et que les lunes s’emparent du royaume nocturne. Le spectacle passé, elle sentit ses paupières s’alourdir quand les premières étoiles se mirent à briller d’une lueur superbe. Elle ferma les yeux et il ne lui en fallut pas plus que ça pour sombrer immédiatement dans un sommeil de plomb, faisant disparaître ainsi toute crainte d’attaque incongrue.

 

Deux heures plus tard, elle eut pourtant à se lever en catastrophe pour chercher son épée et éloigner une mâchoire aux crocs acérés à quelques centimètres de son visage. Les grognements et l’haleine fétide du danger l’avaient tirée de son sommeil. Les sens en alerte et la vue brouillée par ce réveil précipité, elle n’arrivait pas à identifier la bête dans la nuit. Elle voyait juste deux paires d’yeux orangés qui brillaient dans le noir. Pendant l’espace d’une seconde, elle osa se demander s’il y avait deux attaquants ou s’il s’agissait de la même bestiole qui avait simplement quatre yeux. Mais elle n’eut pas le temps d’y réfléchir. Elle tâta le sol pour mettre la main sur son arme, le bras gauche levé en protection au niveau de son visage pour parer une éventuelle offensive des bêtes. L’animal, qui ressemblait grandement à un loup où à un chien sauvage, lui sauta dessus, prêt à la mordre sauvagement. Elle avait retrouvé son épée. Elle envoya sa lame frapper à l’aveuglette, et un hurlement d’animal blessé l’assura de sa réussite. Elle n’était qu’à moitié satisfaite, car elle savait d’instinct qu’un animal blessé était encore plus dangereux qu’un animal simplement affamé ou féroce. Et un animal féroce, affamé et blessé, ce n’était pas bon du tout pour la débutante qu’elle était.

  Elle inspira une grande bouffée d’air, et dans un élan de témérité, elle se rua sur la bête blessée dans un grand cri de guerre. Le cri mortel de l’ennemi retentit dans la nuit, puis plus rien. Il y avait un danger de moins. Mais elle n’était pas sortie d’affaire pour autant. Suivirent ensuite d’autres grognements. La nuit, même rendue claire à la lueur des lunes de Mannheim, ne lui facilitait pas la tâche. Elle avait l’impression de se battre contre une ombre insaisissable. Abiel se fit mordre au bras. Elle ne put retenir un cri de douleur, puis elle riposta sauvagement, sans plus réfléchir à sa situation, et tua la bête d’un seul coup.

  Haletante, elle regarda rapidement autour d’elle pour vérifier qu’il n’y avait plus aucun danger, et, une fois assurée que tout était bel et bien terminé, elle fouilla fébrilement dans son sac de voyage pour en sortir une poignée de plantes médicinales que lui avaient gentiment offert les fées hybrides de Mimir. Son cœur battait la chamade à cause de la surprise de l’attaque. Mais elle ne ressentait plus aucune peur. Elle se sentait même amusée, maintenant que le calme était revenu. Elle banda rapidement sa morsure en espérant qu’elle serait guérie le lendemain matin, et elle chercha sa couverture à tâtons. Elle s’assit sur le linge, ramena ses genoux sur sa poitrine et enroula ses bras autour de ses jambes avant d’enfouir sa tête entre son buste et ses genoux, le souffle toujours aussi court. Même si elle était rassurée, et elle craignait que l’odeur du sang des deux animaux tués n’attire d’autres loups. Elle avait hâte que le jour se lève et qu’elle puisse se remettre en route dès l’aube, voyager sous la protection du soleil. Mais elle ne tenait pas à voir les cadavres de ses deux attaquants nocturnes. Elle s’en voulut de faire une si piètre aventurière une fois le soleil couché, et elle s’en voulut encore une fois de ne pas avoir attendu le lendemain pour partir.

  Elle s’allongea sur le côté et se recroquevilla sur elle-même, n’osant plus dormir et guettant le moindre bruit qui lui annoncerait un nouveau danger.  

 

  Mais le reste de la nuit se passa étonnement bien. Seuls quelques froissement d’ailes de rapaces perturbèrent le calme nocturne, et Abiel était levée aux premiers rayonnements du soleil, jetant un regard anxieux autour d’elle en cherchant les cadavres des bêtes. Mais sans qu’elle ne sache pourquoi, elle ne vit rien, et même le sang qui aurait dû se trouver sur son épée brillait par son absence. Elle en déduisit que tout ça venait du caractère magique du Mannheim, et un peu plus rassurée, elle remballa sa couverture, se la mit à dos, et repartit d’une bonne marche.

  Le ciel était dégagé et la journée s’annonçait bien. Vue de jour, la maison du Mage semblait plus proche et moins effrayante que vue de nuit. De temps en temps, Abiel voyait des animaux courir au loin, et elle dû en repousser quelques uns pour continuer sa route. Comme elle l’avait soupçonné, les cadavres disparaissaient comme par magie une fois le coup mortel affligé. Elle se dit alors que Mannheim était vraiment un monde merveilleux et fascinant.

 

Elle atteignit enfin la cabane avant la mi-journée. Les jambes un peu flageolantes et le cœur battant la chamade, elle retint son souffle avant de donner trois coups secs et brefs sur la porte en bois. Comme la porte s’était entrouverte et qu’elle n’eut aucune réponse, elle s’autorisa à entrer.

  C’était un intérieur modeste et sale, une table posé sur un tapis usé au centre de la pièce, et un lit au fond à droite, situé à côté d’une cheminée à l’âtre crasseux. Le reste des murs n’étaient qu’étagères et bibliothèques couvertes de toiles d’araignée, quelques livres ou fioles posés à la va-vite par-ci par-là, et sur le mur ouest, une fenêtre aux vitres tellement salles qu’elles en étaient opaques, et elle remarqua qu’un des carreaux était fêlé. Et au milieu de ce foutoir, il y avait une silhouette recouverte d’habits longs, épais et délavés. L’homme était grand, et ses habits lui donnaient bonne carrure, même si ses bras découverts et ses longs doigts laissaient deviner une taille élancée.    

    “Euh, bonjour…” dit Abiel d’un ton hésitant.

Le Mage se retourna précipitamment, l’air surpris.

    “Qui êtes-vous ? Que faites-vous ici ? Comment êtes-vous arrivée là ?

    – J’ai quitté Mimir et traversé la forêt et la plaine pour venir vous poser des questions.

    – Vous venez de Mimir ? C’est étonnant que vous ayez quitté la ville. Ne savez-vous pas que des bêtes sauvages rodent ?”

  Abiel fronça les sourcils et lui montra son bras bandé en guise de réponse.

    “J’en ai rapidement fait l’expérience, des bêtes sauvages” ajouta-t-elle d’un ton amer.

Le Mage haussa les épaules.

    “Ça ne me dit pas qui vous êtes.

    – Voyez-vous, je ne le sais pas très bien moi non plus, c’est une fée hybride qui m’a conseillé de venir vous poser la question.

    – Comment ça ?” dit le Mage en fronçant les sourcils.

    “Il paraîtrait que je suis née de la fontaine de Mimir. La fée en question aurait jeté quelque chose dans l’eau et je suis sortie de l’eau.

    – Sous quelle forme ?

    – Celle-ci.

    – Sous cette forme humaine parfaite ?

    – Oui.

    – Ça, c’est pour le moins curieux. Et vous avez dit que vous vous êtes battue contre des bêtes sauvages ?

    – Euh oui…

    – Vous êtes quelqu’un à étudier.

    – J’ose bien m’en douter. Je me demande juste pourquoi le suis-je, et également ce qui risque d’en être conclu.”

  Le Mage haussa à nouveau les épaules. Il commença à faire les cent pas l’air distrait, et il s’arrêta soudain devant son lit. Il s’accroupit, se mit à chercher quelque chose sous le lit, et en ressortit ensuite un long bâton noueux et poussiéreux. Il leva un pan de sa robe et entreprit de le nettoyer.

    “Quelqu’un vous a parlé de moi à Mimir ?

    – Non, on m’a seulement dit que vous habitiez ici.

    – Vous ne saviez donc pas vraiment à quoi vous attendre ?

    – Pas vraiment…” dit Abiel qui commençait à se méfier.

    “Bon… Sachez que je m’appelle Menchiu. Je n’ai pas cette forme humaine d’ordinaire, je suis un hybride, comme quasiment tout le monde dans Mannheim. Mais étant sujet à l’utilisation de la magie, j’ai réussi à acquérir cette capacité de transformation. Ça fait à peu près deux cent ans que je me suis tapi ici et que je n’ai pas quitté ces lieux, et j’ai vécu cent ans dans Mimir.  

    – Cela fait deux cent ans que vous vous entraînez à la magie ?

    – Si on veut. Je n’ai encore jamais pu tester les aptitudes au combat que j’ai réussi à apprendre.

    – Oh, je vois, il aurait fallut qu’un autre magicien vous aide…” réfléchit la jeune fille.

    “Si on veut, mais personne n’est jamais venu.

    – Je suis la première alors ! Dommage que je ne sois pas une magicienne, je vous aurais bien aidé sinon !

    – Mais ne vous en faites pas pour ça, vous ferez très bien l’affaire.

    – Pardon ?

    – Sortez votre épée, elle vous sera peut-être utile…”

Menchiu se mit en position de combat et brandit son bâton, l’air bien décider à tenir parole.

 


 

Abiel sortit son épée prudemment, se demandant ce qu’il allait lui arriver. Quand elle vit le Mage lever son bâton pour la première fois, elle retint son souffle. Il prononça une incantation bizarre et il y eut un peu de lumière, puis plus rien. Profitant de l’ouverture, elle lui asséna un coup d’épée dans l’épaule et retourna se mettre en position défensive. Imperturbable, Menchiu prononça une autre incantation et un jet de flamme attaqua la jeune fille.

  Elle se protégea la tête avec ses bras. Elle sentit des brûlures sur ses avants-bras ainsi qu’un réchauffement de son armure, mais rien qui ne la blessa sauvagement. Elle attaqua à nouveau et le frappa au genou cette fois. Menchiu ne fit que guérir sa blessure à l’épaule avant qu’Abiel ne l’attaque une nouvelle fois à la jambe. Il lança un sort de glace qui n’eut pour effet que de soulager les brûlures d’Abiel, puis elle l’attaqua une troisième fois sur la même blessure.

  L’air fâché, le Mage lança une nouvelle incantation de soin qui ne cicatrisa la blessure qu’à moitié. De toute ses forces, Abiel le frappa à nouveau au même endroit en rouvrant complètement la blessure, voire même en l’aggravant. En contrepartie, elle dut faire face à une attaque enflammée deux fois plus puissante que la première. Aussi, elle utilisa son temps d’attaque pour utiliser quelques plantes médicinales dans l’espoir de retrouver un usage correct de ses bras, dans la perspective de nouvelles attaques. Menchiu accola une nouvelle fois une attaque de gel à son attaque de feu, ce qui eut pour effet d’aider Abiel à nouveau.

  Un peu remise d’aplomb, elle tenta un enchaînement de deux coups à l’épaule, mais le magicien se défendit si bien qu’elle n’arriva pas à l’atteindre. Dans un éclair d’inventivité, Abiel se dit qu’en brisant le bâton magique, elle serait plus rapidement débarrassée du combat.

  Confiante et décidée, elle s’élança témérairement sur le Mage en tentant une fois de plus son enchaînement double, arrivant par elle ne savait quel miracle, à briser le morceau de bois en deux parties. Elle lança un sourire railleur à l’homme. 

    “On essaie un bon vieux corps à corps ? Je pense que j’ai l’avantage des armes.”

Avec un regard meurtrier, Menchiu lança son bâton magique inutile au sol. Un peu anxieuse, Abiel resserra sa garde, pensant soudainement qu’il était peut-être apte à utiliser sa magie même sans bâton. Mais il mit les paumes au ciel en haussant les épaules en signe d’abandon.   

    “C’est bon, baissez votre arme. Je ne peux plus rien contre vous. Asseyez-vous, je vais vous raconter deux ou trois choses.”

  Abiel s’approcha prudemment de la table au centre de la pièce et se tira un siège pour s’y poser enfin. Elle dévisagea le Mage d’un ton interrogatif, puis il soupira.

    “Il faut que je vous dise que pour nous, habitant de Mannheim, c’est quasiment impensable de voir un humanoïde parfait. Si même à votre naissance tu vous n’aviez pas de forme hybride, c’est pour le moins surprenant.

    – Pourquoi ça ?

    – Parce que depuis plusieurs traités de Magie que j’ai lus, ça fait exactement cinq cent quatre vingt dix neuf ans que les humains ont disparu. Les vrais humains je veux dire. Ici, quasiment tout le monde est anthropomorphe, mais rare sont ceux d’entre nous qui descendent d’un humain” expliqua Menchiu.

    – Vraiment ?

    – Oui, mais à vrai dire, personne n’est trop renseigné sur ce sujet. Les habitants de Mannheim se font jeunes, ils ne se posent pas trop de questions, vu que bon nombre de la population est anthropomorphe.

    – Mais ils le savent, non, qu’ils sont anthropomorphes et juste anthropomorphe, non ?

    – Ben… Je m’en sais rien, je suppose qu’ils n’y pensent pas, mais que s’ils devraient y réfléchir sérieusement, ils le sauraient, oui.

    – Mais de toute façon, ça a un intérêt limité dans ce qui nous intéresse” dit sèchement Abiel.

    “Oui plutôt.

    – Pourquoi les humains ont disparu ?”

Menchiu haussa les épaules et recommença à faire les cent pas.

    “Aucune idée. Faut savoir que ça fait partie du patrimoine lointain de Mannheim, cette histoire.

    – Ben alors ? Justement, non ? C’est pas une bonne raison pour la connaître ?

    – Pas vraiment. Mannheim a une lourde histoire derrière lui, et tout le monde a décidé de l’oublier pour pouvoir vivre heureux.

    – Oui, mais oublier une lourde histoire est impossible.

    – Pas tant que ça. Les gens qui ont connu cette histoire n’ont rien raconté à leurs enfants, et ces gens là ne sont plus là pour en parler. Pratique, non ?

    – Mais, et les livres ? Il y a forcément des écrits, des légendes !” s’exclama l’épéiste.

    “Peut-être, mais rares, très rares. Et pas ici. Dans de grandes villes, peut-être, très protégées ou qu’en sais-je…

    – C’est impossible que personne ne sache rien.

    – La preuve que si. Mais je pense que c’est parce que les habitants d’aujourd’hui ne veulent rien savoir. Un lourd passé, ce n’est jamais très heureux.

    – Je me demande ce qu’il a bien pu se passer…” se demanda Abiel.

    “Une guerre, certainement. Ce sont toujours des guerres. Mais Mannheim est tellement beau et vit tellement bien que c’est inimaginable pour nous.

    – Oui… Je suppose. La paix est tellement fragile, de toute façon.”

Menchiu haussa une nouvelle vois les épaules et s’assit en face d’Abiel.

    “C’est tout ce que je peux vous dire. Pour vous aider davantage, il me faudrait beaucoup plus de livres.

    – Eh bien, merci à vous, et essayer d’accueillir vos rares visiteurs un peu mieux que vous l’avez fait aujourd’hui. Moi, je repars à Mimir, j’y trouverai peut-être quelque chose d’intéressant.

    – Vous reviendrez me voir, bien sûr ?” tenta menchiu.

    “Certainement pas ! Je ne vais pas m’amuser à faire des allers-retours toute ma vie, surtout quand on sait qu’il y a des bêtes sauvages plein la forêt !

    – Oh, d’accord…

    – Ouais, d’accord, comme vous dites. Alors je vous souhaite une bonne vie tranquille dans ce trou perdu…”

  Abiel se leva et salua le Mage. Elle franchit la porte et envisagea l’horizon avec anxiété. À peine eut-elle le temps de faire deux pas que Menchiu ouvrit brutalement la porte. Elle lui lança un regard perplexe, presque furieux. Il haussa les épaules.

    “Les bêtes sont moins dangereuses quand on est deux à se défendre, vous savez…

    – Et sans tourner autour du pot, ça donne quoi ?

    – Euh… Ça… Ne vous gêne pas si je me joins à vous ?” demanda le Mage en rougissant.

    “Pour quoi faire ?

    – Pour en apprendre plus. Sur le passé de Mannheim, sur les humains, sur votre apparitions bizarre grâce à la source… Ce genre de mystères qui peuvent fasciner un Mage comme moi, en somme…

    – Nous n’avons aucune piste, nous ne savons pas où aller, et vous, vous pensez que ça va être plus drôle de tourner en rond à deux ?

    – J’en ai marre de vivre enfermé, même tourner en rond à l’air mieux” avoua-t-il.

    “La vie dehors est plus dangereuse qu’une vieille cabane délabrée et poussiéreuse.

    – On est forts, on devrait y arriver facilement, à deux. Et j’ai plus d’expérience que vous.

    – Si c’est dans des villes protégées que nous devons aller, le danger là-bas sera insurmontable comparé au danger de la forêt de Mimir.

    – Mais nous deviendrons plus fort au fur et à mesure de notre voyage.

    – Je commence à être à court d’arguments” soupira Abiel.

    “Raison de plus pour que je vienne.

    – Et si je disais que je n’en ai pas envie ?

    – Je vous répondrais qu’une jeune fille comme vous a besoin d’être protégée.

    – C’est vous qui dites ça alors que je vous ai battu tout à l’heure ?

    – Oui, moi-même en personne, en chair, en os et en étincelles magiques.”

Abiel eut un geste d’impatience, fit mine de réfléchir, et lui lança un regard amusé. 

    “Le voyage risque d’être drôle si vous avez assez de répartie pour tenir tête à mon mauvais caractère…” sourit-elle.

    “Ouais, pour vous peut-être, mais je pense que dans mon cas, ça ne sera pas très réjouissant…

    – Plus envie de venir ?

    – Si, bien sûr que si…

    – Alors arrêtez de ronchonner et suivez-moi !”

Menchiu sourit et lui emboîta le pas.

 
 
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